Zhōngyào (中药) — Phytothérapie chinoise
Zhōngyào (中药) signifie « médecine chinoise » ou « substances médicinales chinoises ». Le caractère 中 (Zhōng) signifie chinois (littéralement « milieu », en référence à l’Empire du Milieu). Le caractère 药 (Yào) signifie médecine, médicament ou remède. Malgré la traduction courante « phytothérapie », ce système englobe des substances végétales, minérales et animales — même si les plantes représentent l’immense majorité et forment le cœur de la tradition.
La phytothérapie chinoise est la plus grande composante de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) et la principale méthode thérapeutique aux côtés de l’acupuncture. Elle repose sur les mêmes fondements théoriques que toute la pratique de la MTC : l’équilibre Yīn-Yáng (阴阳), la théorie Wǔxíng (五行, Cinq Phases), les Zàng-Fǔ (脏腑, systèmes d’organes) et les Jīngluò (经络, canaux méridiens). Pour les pratiquants d’arts martiaux Wudang, la connaissance des plantes médicinales faisait historiquement partie d’une formation complète du pratiquant — un maître devait comprendre non seulement comment provoquer une blessure, mais aussi comment la guérir.
Fondements historiques
Shénnóng (神农) — Le Divin Fermier
La tradition herboriste chinoise fait remonter son origine mythologique à Shénnóng (神农, le Divin Fermier), figure légendaire qui aurait vécu vers 2800 av. J.-C. Selon la tradition, Shénnóng aurait goûté personnellement des centaines de plantes afin d’en déterminer les propriétés médicinales, rencontrant, dit-on, soixante-dix réactions toxiques en une seule journée. Bien que Shénnóng soit une figure légendaire plutôt qu’historique, ce récit préserve une vérité essentielle : le savoir herboriste chinois s’est accumulé au fil de siècles d’observation humaine directe et d’expérimentation.
Shénnóng Běncǎo Jīng (神农本草经)
Le plus ancien texte de matière médicale conservé est le Shénnóng Běncǎo Jīng (神农本草经, Classique de matière médicale de Shénnóng), compilé durant la dynastie des Hàn orientaux (25–220 apr. J.-C.). Il recense 365 substances médicinales organisées en trois grades :
- Grade supérieur (上品 Shàngpǐn) — 120 substances considérées comme non toxiques et adaptées à un usage à long terme comme toniques. Elles comprennent Rénshēn (人参, ginseng), Língzhī (灵芝, champignon reishi), Gāncǎo (甘草, racine de réglisse) et Dàzǎo (大枣, jujube).
- Grade moyen (中品 Zhōngpǐn) — 120 substances aux propriétés thérapeutiques pouvant présenter une légère toxicité. Utilisées pour traiter la maladie et soutenir la récupération.
- Grade inférieur (下品 Xiàpǐn) — 125 substances à action plus forte et à toxicité potentielle. Utilisées pour les affections aiguës et administrées avec prudence.
Ce système de classification en trois grades a établi le principe selon lequel les substances médicinales existent sur un spectre allant des toniques doux aux traitements puissants mais potentiellement dangereux.
Běncǎo Gāngmù (本草纲目)
L’ouvrage classique le plus complet sur la matière médicale chinoise est le Běncǎo Gāngmù (本草纲目, Compendium de matière médicale), compilé par Lǐ Shízhēn (李时珍, 1518–1593) durant la dynastie Míng. Lǐ Shízhēn passa plus de 27 ans à voyager, à consulter plus de 800 textes antérieurs et à vérifier personnellement les informations par des recherches de terrain. L’ouvrage achevé, publié pour la première fois en 1596, décrit environ 1 892 substances médicinales avec plus de 11 000 prescriptions. Il est organisé en 52 volumes classés en 16 divisions et 60 catégories — une structure systématique qui remplaça l’ancien système en trois grades par une classification naturelle fondée sur le type de substance (herbes, céréales, légumes, fruits, bois, minéraux, etc.).
Le Běncǎo Gāngmù a été reconnu par l’UNESCO en 2011 comme faisant partie du Registre Mémoire du monde. Il demeure une référence fondamentale dans la pratique de la MTC.
Classification : Quatre Natures et Cinq Saveurs
Chaque substance médicinale du système chinois est classée selon deux caractéristiques principales : sa nature (propriété thermique) et sa saveur (propriété gustative). Ensemble, elles forment le système Sìqì Wǔwèi (四气五味, Quatre Natures et Cinq Saveurs) — le cadre central permettant de comprendre comment toute substance agit sur le corps.
Sìqì (四气) — Les Quatre Natures
Les Quatre Natures décrivent l’effet thermique qu’une substance produit dans le corps :
- Hán (寒) — Froid : Fortement rafraîchissant. Clarifie la chaleur, draine le feu, rafraîchit le sang. Utilisé pour les états de chaleur excessive.
- Liáng (凉) — Frais : Modérément rafraîchissant. Semblable au froid, mais plus doux dans son action.
- Wēn (温) — Tiède : Modérément réchauffant. Expulse le froid, favorise la circulation du Qì et du sang.
- Rè (热) — Chaud : Fortement réchauffant. Chasse le froid profond, active fortement le Yáng.
Certaines substances sont classées comme Píng (平, neutres) — ni réchauffantes ni rafraîchissantes — et sont considérées comme sûres pour un usage général, quelle que soit la condition thermique du patient.
Le principe thérapeutique est simple : les états froids sont traités avec des substances tièdes ou chaudes ; les états chauds sont traités avec des substances fraîches ou froides. Cela reflète directement le principe Yīn-Yáng de restauration de l’équilibre par opposition complémentaire.
Wǔwèi (五味) — Les Cinq Saveurs
Les Cinq Saveurs décrivent à la fois le goût réel et l’action thérapeutique d’une substance :
- Xīn (辛) — Piquant : Dispersant et circulant. Favorise le mouvement du Qì et du sang, induit la transpiration. Entre dans le Poumon. Exemples : gingembre, menthe, écorce de cannelle.
- Gān (甘) — Doux : Tonifiant, harmonisant et humidifiant. Nourrit les déficiences, apaise la douleur, harmonise les autres herbes d’une formule. Entre dans la Rate. Exemples : réglisse, astragale, jujube.
- Suān (酸) — Acide : Astringent et consolidant. Absorbe et contient les fuites de liquides, de Qì ou d’essence. Entre dans le Foie. Exemples : baie de schisandra, aubépine.
- Kǔ (苦) — Amer : Asséchant, drainant et descendant. Clarifie la chaleur, assèche l’humidité, purge. Entre dans le Cœur. Exemples : huáng lián (coptis), huáng qín (scutellaire).
- Xián (咸) — Salé : Ramollissant et descendant. Dissout les duretés, guide les substances vers le bas. Entre dans le Rein. Exemples : algues, coquille d’huître.
Chaque saveur correspond à l’une des phases Wǔxíng (五行) et à son organe Zàng (脏) associé, reliant directement la phytothérapie au même cadre cosmologique qui structure les arts martiaux Wudang.
Structure des formules : les Quatre Rôles
La phytothérapie chinoise utilise rarement des herbes isolées. Les herbes sont plutôt combinées en formules (方 Fāng) — des prescriptions soigneusement structurées dans lesquelles chaque ingrédient remplit un rôle précis. La hiérarchie classique attribue quatre positions :
- Jūn (君) — Souverain : L’herbe principale ciblant l’affection principale. Porte l’action thérapeutique première de la formule.
- Chén (臣) — Ministre : Assiste l’herbe souveraine et traite les symptômes secondaires.
- Zuǒ (佐) — Assistant : Soutient le souverain et le ministre, modère les propriétés trop fortes ou traite des aspects supplémentaires de l’affection.
- Shǐ (使) — Messager : Guide la formule vers la région corporelle ou le méridien approprié, et harmonise les autres ingrédients.
Cette structure hiérarchique reflète la logique organisationnelle présente dans toute la culture chinoise — y compris les métaphores militaires intégrées à la stratégie des arts martiaux. Une formule bien construite, comme une technique martiale bien exécutée, coordonne plusieurs éléments vers un objectif unifié.
Méthodes de préparation
Les substances médicinales sont préparées sous diverses formes selon l’affection ainsi que la vitesse et le mode d’administration souhaités :
- Tāng (汤) — Décoction : Herbes bouillies dans l’eau. Méthode de préparation la plus courante. Une décoction standard associe généralement 9 à 18 substances.
- Wán (丸) — Pilule : Herbes séchées réduites en poudre et formées en pilules, souvent avec du miel comme liant. Utilisées pour les affections chroniques nécessitant un traitement progressif et soutenu.
- Sǎn (散) — Poudre : Herbes réduites en poudre fine, prises avec de l’eau ou appliquées en externe.
- Jiǔ (酒) — Vin médicinal : Herbes macérées dans l’alcool pour extraire les composés actifs. L’alcool sert aussi de véhicule favorisant la circulation — particulièrement important en médecine des traumatismes.
- Gāo (膏) — Pâte ou emplâtre : Préparations herboristes concentrées appliquées en externe pour les blessures, les douleurs ou les affections cutanées.
Lien avec les arts martiaux
La relation entre les arts martiaux chinois et la phytothérapie est profonde. Historiquement, les maîtres d’arts martiaux étaient censés posséder des connaissances en médecine des traumatismes, en herbes toniques et en entretien de base de la santé. Cette attente était particulièrement forte dans les traditions d’arts internes, où la compréhension par le pratiquant des systèmes énergétiques du corps — méridiens, Dāntián, circulation du Qì — fournissait une base naturelle pour comprendre la thérapeutique herboriste.
Dans la tradition Wudang, le savoir herboriste relève du deuxième véhicule de l’entraînement : Yǎngshēng (养生, entretien de la santé). Tandis que les arts martiaux (Wǔshù 武术) développent la capacité du corps au mouvement et au combat, les pratiques Yǎngshēng — y compris la thérapie diététique, la supplémentation herboriste et l’ajustement saisonnier de la santé — maintiennent l’équilibre interne du corps et soutiennent la récupération après les exigences de l’entraînement.
Le lien le plus direct entre les arts martiaux et la phytothérapie est la médecine des traumatismes Diē Dá (跌打) — le traitement des blessures subies à l’entraînement et au combat. Ce sujet est traité dans son propre article dédié.
Terminologie clé
- Běncǎo (本草) — littéralement « enraciné dans les herbes ». Terme classique désignant la littérature de matière médicale.
- Zhōngyào (中药) — médecine chinoise ou substances médicinales chinoises. Terme général moderne.
- Zhōngyào Xué (中药学) — l’étude académique de la phytothérapie chinoise.
- Fāng (方) — formule ou prescription.
- Fāngjì (方剂) — formules et prescriptions comme domaine d’étude.
- Pào Zhì (炮制) — le traitement des matières médicinales brutes (lavage, séchage, torréfaction, cuisson à la vapeur, etc.) afin de modifier leurs propriétés avant utilisation.
- Guī Jīng (归经) — tropisme méridien : les canaux méridiens dans lesquels une substance entre et sur lesquels elle agit.