Zhāng Guǒlǎo (張果老) — L’Ancien Cavalier
Zhāng Guǒlǎo (張果老) est le plus âgé et le plus excentrique des Huit Immortels (八仙 Bā Xiān). Ermite daoïste et fāngshì (方士, occultiste-alchimiste) qui vécut sur la montagne Zhōngtiáo (中條山), à Héngzhōu, sous la dynastie Táng, il affirmait avoir plusieurs centaines d’années et avoir servi comme ministre sous le légendaire empereur Yáo (尧) dans une vie antérieure — situant ainsi ses origines à plus de trois mille ans dans le passé. Il est célèbre pour chevaucher à reculons un âne blanc magique, pour son tambour-poisson et pour son rôle de symbole de longévité et d’octroi d’une descendance. L’épithète Lǎo (老, "vieux") ajoutée à son nom est à la fois honorifique et descriptive.
Fondement historique
Zhāng Guǒlǎo est l’un des trois seuls Huit Immortels (avec Zhōnglí Quán et Lǚ Dòngbīn) qui apparaissent dans les annales historiques officielles comme des personnages réels. Son existence est documentée dans le Nouveau Livre des Tang (新唐书 Xīn Táng Shū), dans la section consacrée aux arts occultes. Il vivait en ermite dans les monts Zhōngtiáo du sud-est de la province du Shānxī, errant entre le fleuve Fén et les territoires de Qín. À l’époque de l’impératrice Wǔ Zétiān (武则天, r. 690–705 apr. J.-C.), il était déjà célèbre et prétendait avoir des centaines d’années.
L’empereur Tàizōng comme l’empereur Gāozōng invitèrent Zhāng à la cour impériale, mais il refusa constamment. Lorsque l’impératrice Wǔ parvint enfin à le convaincre de venir, il simula la mort pendant le voyage — son corps commença aussitôt à se décomposer sous l’effet de la chaleur. Les envoyés revinrent les mains vides. Peu après, des voyageurs dans les montagnes l’aperçurent vivant et en bonne santé.
À la cour de l’empereur Xuánzōng
En 735 apr. J.-C., l’empereur Xuánzōng (玄宗, r. 712–756 apr. J.-C.) réussit à faire venir Zhāng Guǒlǎo à la cour de Luòyáng, où l’immortel accomplit divers prodiges magiques. L’empereur le nomma chef de l’Académie impériale avec le titre de "Maître de la Compréhension profonde" (通玄先生 Tōngxuán Xiānshēng).
Lors de cette visite, on demanda au nécromancien daoïste Yè Fǎshàn (叶法善) de révéler la véritable identité de Zhāng Guǒlǎo. Yè répondit qu’il la connaissait, mais prévint que s’il parlait, il tomberait mort sur-le-champ — et ne pourrait être ranimé que si l’empereur allait pieds nus et tête nue implorer le pardon de Zhāng. L’empereur promit.
Yè révéla alors : "Zhāng Guǒlǎo est une chauve-souris spirituelle blanche issue du chaos primordial." À ces mots, Yè s’effondra et mourut sur place. L’empereur tint sa promesse, s’approcha de Zhāng pieds nus et implora son pardon. Zhāng aspergea le visage de Yè d’eau, et le nécromancien revint à la vie.
L’empereur Xuánzōng offrit à Zhāng la main de la princesse Yùzhēn (玉真). Zhāng déclina poliment et retourna bientôt à son ermitage de montagne.
L’âne magique
L’attribut le plus distinctif de Zhāng Guǒlǎo est son âne blanc (ou mulet), un animal aussi extraordinaire que son maître. L’âne pouvait parcourir mille lǐ (里, environ 500 kilomètres) en une seule journée. Lorsque le voyage était terminé, Zhāng repliait l’âne comme une feuille de papier et le glissait dans sa poche ou dans une petite boîte. Lorsqu’il avait de nouveau besoin de le monter, il versait de l’eau de sa bouche sur le papier plié, et l’âne reprenait instantanément sa forme vivante complète.
Son habitude de chevaucher l’âne à reculons — faisant face à la queue de l’animal plutôt qu’à sa tête — devint l’une des images les plus reconnaissables de l’art et du folklore chinois. Diverses explications sont données à cette excentricité : il trouvait plus poli de faire face aux gens en passant plutôt que de leur tourner le dos ; cela représentait son rejet des perspectives conventionnelles ; ou cela symbolisait le principe daoïste du renversement — regarder en arrière vers l’origine plutôt qu’en avant vers l’illusion du progrès.
Le tambour-poisson
Zhāng Guǒlǎo porte un tambour en tube de bambou appelé Yúgǔ (鱼鼓, tambour-poisson), fait d’un cylindre de bambou dont une extrémité est recouverte de peau préparée de poisson ou de serpent, frappée avec deux tiges ou maillets de fer. Cet instrument, associé aux mendiants errants daoïstes, pouvait prétendument prédire le destin et invoquer la pluie. Il le relie aussi à la tradition du Dàoqíng (道情), une forme de chant narratif en ballade qui mêle récitation parlée et mélodie, dont il est considéré comme un patron.
Iconographie
Dans l’art, Zhāng Guǒlǎo apparaît comme un vieil homme aux cheveux blancs et à la barbe blanche — l’image même de l’extrême vieillesse — assis à reculons sur son âne, portant souvent son tambour-poisson. Il tient parfois une plume de phénix ou une pêche d’immortalité. Son apparence souligne à la fois son antiquité et son humour — il est représenté avec une expression douce et entendue, paraissant souvent amusé par le monde qui l’entoure.
Son vase magique est le tambour-poisson.
Parce qu’il représente la vieillesse et la longévité, son image est traditionnellement placée dans les maisons des personnes âgées dans la pratique daoïste du Fēngshuǐ (风水), afin de favoriser une longue vie et une mort paisible. Son image ornant une chambre nuptiale — chevauchant son âne et offrant un enfant à un couple nouvellement marié — reflète son rôle de patron de la fertilité et de l’octroi d’une descendance masculine.
La chauve-souris et le chaos primordial
La révélation par Yè Fǎshàn que Zhāng Guǒlǎo était à l’origine une chauve-souris blanche issue du chaos primordial lui confère une position cosmologique unique parmi les Huit Immortels. La chauve-souris (蝠 Fú) est un symbole de bonne fortune dans la culture chinoise — le caractère est homophone de 福 (Fú, bénédiction ou bonne fortune). Un être qui a émergé du chaos originel indifférencié (混沌 Hùndùn), s’est transformé au fil des éons en forme humaine et a atteint l’immortalité représente l’arc complet de la possibilité cosmologique daoïste — depuis Wújí (无极), à travers la manifestation, jusqu’à la transcendance.
Enseignement daoïste
Zhāng Guǒlǎo incarne les valeurs daoïstes de simplicité, d’excentricité et de refus du pouvoir mondain. Il déclina à plusieurs reprises les invitations impériales, simula la mort pour éviter les obligations de cour et finit par refuser le mariage avec une princesse. Sa chevauchée à reculons, son tambour-poisson et son âne de papier portent tous la saveur de l’absurde daoïste — une tradition qui utilise l’humour et l’étrangeté pour pointer au-delà de la pensée conventionnelle vers la liberté du Dao.