Zhuāngzǐ, chapitre 26 : Wài Wù (外物) — Choses extérieures
Section : Chapitre miscellané (杂篇) | Titre chinois : 外物 (Wài Wù)
Ce chapitre contient certaines des plus importantes réflexions méta-textuelles du Zhuāngzǐ sur le langage et le sens, ainsi que diverses paraboles sur l’imprévisibilité de la fortune et le danger de dépendre des choses extérieures.
Le passage le plus célèbre du chapitre est la métaphore du piège à poissons (筌蹄 Quántí), l’une des déclarations les plus influentes sur le langage dans l’histoire intellectuelle chinoise. Le piège à poissons (筌 Quán) existe pour le poisson ; une fois le poisson attrapé, oubliez le piège. Le collet à lapin (蹄 Tí) existe pour le lapin ; une fois le lapin attrapé, oubliez le collet. Les mots (言 Yán) existent pour le sens (意 Yì) ; une fois le sens saisi, oubliez les mots. Où puis-je trouver un homme qui ait oublié les mots, afin que je puisse échanger un mot avec lui ?
Ce passage est devenu fondamental pour le traitement du langage dans le bouddhisme Chán (Zen) — le doigt qui montre la lune n’est pas la lune elle-même — ainsi que pour la tradition herméneutique du Xuánxué (玄学, Apprentissage obscur) à l’époque Wèi-Jìn. Pour les arts martiaux, il énonce le principe fondamental de la pratique des formes : la forme (套路 tàolù) est un piège à poissons. Les principes (原理 yuánlǐ) sont les poissons. Une fois les principes compris par le corps, l’adhésion rigide à la séquence exacte de la forme doit être relâchée. Le maître qui s’accroche à la forme a oublié de manger le poisson.
Le chapitre met aussi en scène Zhuāng Zhōu empruntant du grain au marquis de Jiān Hé. Le marquis promet de l’argent après la collecte des impôts. Zhuāng Zhōu raconte alors l’histoire d’un poisson échoué dans une ornière de charrette, haletant faute d’eau. Le poisson demande une coupe d’eau. Un homme dit : « Attends — je vais aller au sud et détourner pour toi la rivière de l’Ouest. » Le poisson répond : « D’ici là, tu me trouveras chez le marchand de poisson séché. » La parabole met en garde contre les promesses magnifiques mais trop tardives pour être utiles.
Un autre épisode décrit l’homme qui pêchait avec une ligne de l’épaisseur d’un fil, un hameçon de la taille d’une aiguille, un appât d’un demi-grain de riz — et qui ramenait des poissons remplissant plusieurs charrettes. Ce paradoxe — de petits moyens, d’immenses résultats — fait écho au principe du Tàijíquán selon lequel quatre onces dévient mille livres.
Pour l’artiste martial, le passage du piège à poissons est le texte le plus important sur la relation entre forme et principe. Tout étudiant Sānfēngpài doit finir par « oublier le piège » — transcender la chorégraphie pour incarner la logique martiale sous-jacente.
Classification savante
Mixte : transmetteur + autres voix (Graham/Liu). Contient d’importantes réflexions méta-textuelles ainsi que diverses paraboles.
Passages clés en chinois
筌者所以在鱼,得鱼而忘筌。
Quán zhě suǒyǐ zài yú, dé yú ér wàng quán.
— Le piège à poissons existe pour le poisson ; une fois le poisson attrapé, oubliez le piège.
言者所以在意,得意而忘言。吾安得夫忘言之人而与之言哉!
Yán zhě suǒyǐ zài yì, dé yì ér wàng yán. Wú ān dé fū wàng yán zhī rén ér yǔ zhī yán zāi!
— Les mots existent pour le sens ; une fois le sens saisi, oubliez les mots. Où puis-je trouver un homme qui ait oublié les mots, afin que je puisse échanger un mot avec lui ?
Paraboles et épisodes clés
- Le piège à poissons (筌蹄) — oubliez le piège une fois que vous avez le poisson ; oubliez les mots une fois que vous avez le sens
- Le poisson dans l’ornière de charrette — avoir besoin d’une coupe d’eau maintenant, et non de la rivière de l’Ouest demain
- Pêcher avec une ligne fine comme une aiguille — de petits moyens, d’immenses résultats
- Zhuāng Zhōu emprunte du grain — les promesses magnifiques sont inutiles lorsque le besoin est immédiat
Termes clés
- Quán (筌) — Piège à poissons, métaphore des mots, des formes et des techniques
- Déyì Wàngyán (得意忘言) — Saisir le sens et oublier les mots
- Chēzhé Zhī Yú (车辙之鱼) — Le poisson dans l’ornière de charrette, ayant besoin d’aide maintenant